Acheter du végétal sauvage local – un vrai défi !

De multiples acteurs publics et privés ont pris conscience de l’importance de préserver la richesse de la biodiversité. Ils souhaitent employer des végétaux sauvages d’origine locale au sein de leurs aménagements, de programmes de restauration écologique mais ce n’est pas si simple !

Pourquoi utiliser un végétal sauvage local ?

Dans les opérations d’aménagement, choisir du végétal sauvage local permet de contribuer au bon fonctionnement des écosystèmes. Cela renforce :

  • les fonctionnalités écologiques des milieux: car flore et faune locales ont évolué ensemble, et ces plantes sont aussi lieu de vie et source d’alimentation pour la faune sauvage
  • la conservation génétique des résistances aux ravageurs et aux maladies
  • la conservation de la diversité génétique, qui améliore la résistance aux changements

Ce sont également des végétaux naturellement adaptés au milieu. Ainsi,  la pérennité des aménagements est davantage garantie.

Enfin, intérêt supplémentaire non négligeable : cette filière de l’économie en circuits courts peut être porteuse d’une éthique sociale et ainsi favoriser le développement durable du territoire.

 

Comment garantir l’origine locale du végétal ?

Un partenariat entre le réseau des Conservatoires botaniques nationaux (FCBN), Plante & Cité et l’Afac-Agroforesteries a permis d’établir la marque collective « Végétal local ». Elle certifie le caractère local de la collecte des semences en milieu naturel ainsi que de la production. Selon des critères écologiques, 11 régions biogéographiques ont été définies comme trame réglementaire de la marque.

Créer l’offre en végétal sauvage local : un défi !

Culture de végétal local en Haute-Savoie (crédit photo : SCIC Champ des cimes)

Actuellement l’offre en végétal sauvage local est très limitée car de nombreuses plantes sauvages n’ont jamais été cultivées. Des connaissances scientifiques, techniques et économiques sont donc nécessaires pour créer une véritable filière de production.

Le programme de recherche et développement « Fleurs locales » s’inscrit dans cette démarche. Il s’agit d’un groupement de semenciers, d’entreprises de l’économie sociale et solidaire, d’une association de protection de la nature et de l’environnement et d’une école d’ingénieurs du paysage. De 2016 à 2019, ce programme expérimente la culture de plantes sauvages locales, provenant de graines issues de milieux naturels des Alpes du Nord. Les semences récoltées sont réassemblées en mélanges complexes, en fonction du terrain et de ses besoins.

 

Le 21 juin 2018, une journée technique et participative a permis à l’équipe de Fleurs locales de communiquer sur l’avancement du projet et de soulever les interrogations relatives à la création d’une filière de production coopérative. De multiples acteurs privés et publics (EDF, ATMB, Vicat, entreprises du paysage, collectivités, …) se sont mobilisés et ont fait preuve d’un engouement collectif pour le sujet.

 

A ce jour, 200 espèces ont été collectées en milieu naturel, plus de 80 espèces sont cultivées sur 3 sites de production (surface équivalente à 1ha) et 48 sont labellisées.

De nombreuses réflexions sont en cours à partir de cette expérimentation, autour notamment des points suivants:

  • Pérennisation d’un modèle économique : anticipation de la demande et offre de garanties aux producteurs, production d’espèces clés
  • Valorisation des plus-values environnementales : action législative ou incitative, cahier des charges, formation, sensibilisation
  • Accompagnement à la revégétalisation : base de données et recueil d’expériences, définition d’objectifs de revégétalisation, état initial précis, soutien de réseau d’experts et d’acteurs

 Affaire à suivre !

L'auteur de l'article

Louise Thomas est paysagiste concepteur chez Alp’Etudes, près de Grenoble.

Auparavant, elle a pu prendre part au programme Fleurs locales lors de son stage de fin d’études au sein de l’entreprise de paysage Champ des Cimes.